Accueil Biblio Robert van Brussel - septembre 2009

 

 

Aquarelles

Portraits

Clic

Sculptures

     
 

DE LA PEINTURE CONCEPTUELLE ?

 

Au départ Françoise Vigot réalise des installations et des sculptures. Les murs, les couloirs, et les salles sont son matériau de base. Et elle les expose tel qu’ils sont, en y associant de la sculpture, des objets du quotidien, du son et de la vidéo, ce qui lui permet - c’est son but - de cadrer le regard du spectateur sur ces constructions, tout en provoquant un décalage dans la perception.

Rupture et continuité: elle abandonne le médium mais pas l'approche, pour de la peinture à l’huile.
Elle trouve deux figurines en plastique, petits personnages sans expression, aux formes géométriques simples qui s’emboîtent. Leur représentation, au format un sur un, est traitée comme des natures mortes. La démarche se différencie radicalement de l’emploi des objets précédents, montrés eux, directement. La technique est enlevée, sans être esquissée. Les modèles, peints tel qu’ils sont, ont déjà comme particularité d’être isolés sur le fond blanc de la toile et d'être déclinés en de multiples poses dans une longue série Clic.

Dans la série Portrait, la tête des poupées est considérablement surdimensionnée, sa surface opère comme un miroir convexe. Elle est à son tour isolée sur un fond blanc, enchâssée dans des formats carrés. Le processus réaliste est respecté jusque dans le rendu de sa surface satinée. La peinture, appliquée par couches successives, est lissée par les innombrables passages d’un large pinceau, ce qui crée une densification de la transparence et de la profondeur.
L’amplitude de l’agrandissement a permis de dégager de nouveaux détails, mais entraîne paradoxalement l’estompage de la netteté. Dans la sphère concave ou convexe, selon ce que l’on fixe, sont brossés des murs, des fenêtres jusqu'au reflet d’autres tableaux.
Ils suggèrent un dedans ; l’atelier ? C’est le résultat d’une observation minutieuse des figurines, mettant à jour les détails de leur morphologie. Leur isolement, au milieu de la toile, associé à l’extrême précision de la réalisation, provoque un flottement de la vision, un décalage dans la perception comme dans ses premiers travaux.

Plusieurs autres modèles choisis pour leur qualité formelle, sont à leur tour séparés de leur milieu et reproduits minutieusement à l'aquarelle sur une feuille de papier surdimensionnée. Dans cette nouvelle et longue série Sans Titre, ce grand fond blanc a acquis le statut de ponctuation. "Les yeux dans les yeux", l'objet représenté isole le regard. Ces natures mortes, entre leurs guillemets blancs dévoilent ainsi l'ambiguïté du concept Vérité. Un réalisme équivoque. On reconnaît le sujet, apparemment, comme on le connaît.

Ce travail affirme la virtuosité du tel quel, sans ajout, sans le style "à la manière de", pour casser les pièges de l'académisme. La technique n'esthétise ni n'idéalise. D'ailleurs, tous ces modèles sont sans "hauts-faits", ni anecdote. Il n'y a pas de référence. Cette démarche rigoureuse laisse toute la liberté d'interprétation à celui qui observe. En concentrant son regard, elle fait rentrer les objets dans son imaginaire, sans qu'ils ne soient filtrés par un procédé "photoshop", ni pré-mâchés par une quelconque doctrine. Nus et prêts pour un moment de poésie.
.